Travailler par cycle/ formes à lappui/ est une nécessité créative, une volonté d’approfondir un sujet en explorant toutes ses ramifications. Une seule œuvre ne suffit jamais à exprimer toute la richesse d’une idée. C’est de cette quête de sens, de cette confrontation rigoureuse avec la matière et de recherches conceptuelles approfondies que naît chaque concept artistique au sein de l’atelier MPCEM.
À travers l’acier laqué, l’acier Corten, l’inox brossé ou poli miroir, le pli ou la spatialisation du vide, ces différentes séries de sculptures contemporaines forment un manifeste visuel et intellectuel, où la rigueur géométrique devient le langage de l’abstraction philosophique ou technique.
Explorez les différents cycles conceptuels qui jalonnent mon travail :
Inspiré par les vers d’Eugène Guillevic (« Il fallait que deux / S’éprouvent l’un par l’autre / Pour que le monde / Se sente devenir »), le cycle Formes à lappui aborde l’entraide non comme un précepte moral, mais comme une condition d’existence physique et perceptive. Seule, la forme n’est qu’une géométrie isolée ; ensemble, elles accèdent à la dignité d’entité. Si l’on retire un élément, l’ensemble s’effondre ou perd son sens. Cette série fonde sa dynamique sur l’altérité des métaux : l’acier Corten tellurique, l’inox brossé captant la lumière et le métal laqué noir profond s’articulent pour créer une unité organique. La pression d’une plaque d’acier contre une autre matérialise le point de contact où la gravité est vaincue, démontrant par la matière que la verticalité est un don que l’on reçoit de l’autre. Seul, le métal est un silence. Appuyé, il devient un langage.

série « formes à l’appui » MPCEM
Inspiré par la pensée de Guy Debord, ce cycle s’élève contre la routine qui lisse nos journées et rend nos espaces prévisibles. Estimant que la rareté des situations prenantes limite notre existence, la série Situation cherche activement à construire des moments de rupture au sein même de la matière. Loin d’occuper passivement l’espace, ces sculptures sont façonnées pour briser radicalement la monotonie visuelle de notre quotidien. Par des lignes géométriques acérées, des chevauchements de plans imbriqués et des finitions mates radicaux (à l’image de Situation Orange), ces œuvres agissent comme des signaux physiques. Elles interceptent la lumière, projettent des ombres dynamiques et forcent le regard à s’arrêter pour ramener instantanément l’observateur à l’expérience brute du moment présent.

série SITUATION
Développée à l’origine en écho au monde de la détection technique (conduites d’eau, de gaz, d’égouts ou câbles de télécommunications), cette série fait se rencontrer l’art et l’ingénierie. Elle vise à rendre visible l’invisible en cartographiant nos flux modernes. Les sculptures de ce cycle s’approprient et détournent les codes chromatiques industriels : chaque couleur y symbolise une énergie spécifique (eau, gaz, électricité) pour définir sa fonction au sein de la composition. Le travail géométrique sur le métal permet de souligner la complexité de ces tracés cachés sous nos pieds, transformant une organisation fonctionnelle et souterraine en un langage plastique abstrait et tangible.

série Geocode
Ces ensembles de modules sont conçus comme des états émotionnels, des résonances et des échos assemblables. Une dualité stricte s’installe entre les matériaux : l’acier Corten ou l’acier oxydé incarne le contenu et la structure brute, tandis que les aplats d’inox brossé ouvrent vers l’intériorité. Comme sur une flaque, l’œil se pose sur la scintillation de l’inox pour faire remonter à la surface le « fond sensible ». Ces signes métalliques donnent présence à ce qui est absent ou invisible, créant une surface de séparation et d’union — une véritable charnière invisible. C’est vers elle que se dirigent les existentiaux de notre histoire personnelle, faisant de la sculpture le lieu géométrique de nos projections et de nos propres transparences.
Comment l’esprit s’intègre-t-il à la nature ? MPCEM s’interroge ici sur la dualité fondamentale entre l’homme et son environnement. Inextricablement liée à la Physis grecque et à la « perpétuelle éclosion » théorisée par Heidegger, cette série explore les tensions existentielles à travers de violents contrastes plastiques. La brillance absolue de l‘inox poli miroir y répond à l’intensité émotionnelle de la laque rouge ou de l’acier noir. En mêlant « blocs » architecturaux rigides et « lacets » métalliques fluides, l’œuvre devient une interface sensorielle où fusionnent les contraires, invitant le spectateur à projeter sa propre interprétation de l’esprit et de la matière.

série Physis
La série Deploiement dépasse la simple exploration géométrique. En effet, elle touche à une dimension ontologique profonde. Cette recherche s’appuie sur l’Entfaltung. Ce concept allemand désigne à la fois le déploiement, l’épanouissement et la révélation d’une essence.
L’artiste s’inspire ici de la poésie suspendue de Pierre Albert-Birot. Ainsi, ce cycle de créations saisit le moment précis où le métal s’affranchit de sa lourdeur. Par ce geste, il laisse enfin émerger le sens.
Inspirée par la philosophie de l’esprit (l’expérience de pensée du p-zombie de Chalmers), cette série met en scène des structures bicolores d’une grande rigueur géométrique mais totalement dépourvues d’intention narrative, sous-titrées « quelques pas dans le monde créé ». À l’image du corps sans âme du zombie, la pièce façonnée dans la rigueur de l’acier noir mat n’est que pure matérialité physique, une nature déstructurée qui donne sens à la forme couleur. C’est le flux d’inconscience et le regard du spectateur qui viennent la sacraliser, y insuffler du sens et faire naître les qualias — ces ressentis subjectifs intérieurs.

série zombie
Chaque série présentée dans cette collection, à commencer par nos formes à lappui, est une invitation à observer les métamorphoses du métal et à questionner notre propre rapport à la forme, au vide et à la conscience.