Mouvement Pour Corps Et Mental ,
Corps et Mental, cette dualité qui nous échappe, fondement de nous même où l’esprit ne peut exister hors du monde des corps.
Sculpter, c’est être dans la troisième dimension de la réalité, c’est retourner à une naissance spirituelle, quand le corps n’était que corps à l’aube de sa vie. Cerner ce moment où s’ouvre le monde du sens et faire sortir le surgissement de la réalité comme cas singulier, un monde objectif du sens.
Sculpter, c’est réapprendre à voir …
Ce qui m’intéresse dans l’oeuvre sculpturale, m’obsède, c’est travailler les intérieurs , ces moments en suspens, ces instants qui nous échappent. Figer dans la masse les qualia ces intuitions et autres effets subjectifs ,sensitifs qui accompagnent grand nombre de nos états mentaux.
Ma démarche n’est autre que la recherche de l’évidence abstraite , celle qui comblera mes interrogations de l’instant présent. Chaque création n’est qu’une suite de questionnements que m’offrent ces réponses faites de formes et de métal.
L’oeuvre est sa genèse disait Klee… Et nous en sommes les acteurs, dans cette troisième réalité rythmée par les formes, l’odeur d’acier et ce corps plongé dans l’ « infra-sens » prêt à percevoir le perçu pour lui-même.
Il ne reste qu’à accélérer le mouvement de tout ce qui vit et recueillir les images de la matière en se livrant à la vie des formes et des couleurs.
Alors l’oeuvre pourra s’affranchir de toute relation d’extériorité et s’ouvrir aux expériences esthétiques , regards du monde.
MPCEM.
L’Évidence de l’Invisible : Une Ontologie du Geste chez Mpcem
Pour le sculpteur Mpcem, la création n’est pas une imposition de la volonté sur une matière inerte, mais un processus de révélation. Signant sous l’acronyme Mouvement Pour Corps Et Mental, il perçoit son travail comme une zone de friction où la dureté de l’acier rencontre la fluidité de la pensée pure. Sa perception de la création s’articule autour d’un paradoxe : sculpter pour voir ce qui, avant le geste, demeurait impensable.
La Genèse du Surgissement : L’Infrasens et le Non-Réfléchi
Mpcem perçoit le début de son travail comme une plongée dans l’infrasens. Pour lui, la création ne part pas d’un concept intellectuel figé, mais de ce qu’il nomme des « pensées non-réfléchies ». Il s’agit d’un état de perception brut, une « naissance spirituelle » où le corps est encore seul juge, à l’aube du sens.
Dans cette phase, l’artiste se fait le réceptacle des qualia — ces intuitions subjectives et sensitivités fugaces qui échappent au langage. Créer, c’est tenter de fixer dans la masse ces instants en suspens. Il ne s’agit pas de représenter une émotion, mais de la rendre objective par la forme. Comme il le souligne souvent, si le sens pouvait être entièrement formulé par les mots, le besoin de sculpter s’évanouirait. L’œuvre est donc perçue comme une nécessité vitale de traduire l’indicible.
La Matière comme Miroir : Le Pli et l’Inclusion
Au cœur de sa perception réside une vision dynamique de la matière. Mpcem ne voit pas l’acier comme un obstacle, mais comme un corps élastique. Inspiré par la métaphysique du « pli », il perçoit chaque courbure comme une inflexion — un événement où la ligne devient active et spontanée.
Cette approche transforme la sculpture en un « labyrinthe du continu ». L’artiste ne se contente pas de plier le métal ; il cherche l’inclusion du monde dans l’objet. Pour Mpcem, la sculpture n’est pas dans l’espace : elle devient elle-même un point de vue sur l’espace. En modulant les replis de la matière, il cherche à atteindre les replis de l’âme, créant une communication entre la lourdeur du métal et la liberté de l’esprit. L’œuvre finie est ainsi perçue comme un microcosme où l’infini vient se loger dans la limite d’une forme.
L’Éthique du Geste : La Révolte et la Correction du Réel
La perception qu’a Mpcem de son acte créateur est également marquée par une dimension tragique et héroïque. Il décrit son travail comme une lutte passionnée, un corps-à-corps avec la matière qui rappelle le combat biblique de Jacob contre l’ange. Dans le fracas de l’atelier, le geste de sculpter devient une révolte contre l’absurde.
Face au chaos du monde, Mpcem perçoit la création comme une « correction du réel ». Là où la réalité est fragmentée, la sculpture impose une unité. Chaque œuvre est une tentative de substituer au néant une structure cohérente, une évidence abstraite. Cette discipline de fer, loin d’être un mol abandon à l’inspiration, est une ascèse : il faut dépouiller la forme, arrondir les angles et épurer le trait pour que l’œuvre puisse enfin s’affranchir de son créateur.
De ma vie, trois impressions demeurent aujourd’hui :
La certitude d’être toujours au commencement , la certitude qu’il me faut absolument poursuivre et la certitude que je serai interrompu avant d’avoir terminé.
Fernando Pessoa.