C‘est dans une ferme du Trévoux à Langor, entre Quimperlé et Pont-Aven que M.P.C.E.M. a choisi de travailler. L’ artiste qui, comme vous et moi a un prénom et un nom, a choisi ces 5 lettres pour signer ses oeuvres. 5 lettres qui signifient Mouvement Pour Corps Et Mental, qui sont à elles seules un programme et expriment une pensée, éprise de cohérence.
Autant dire que la pratique de l’art est ici appréhendée à distance de sa dimension agréable ou décorative pour bien souligner l’ engagement total qu’il requiert de la part de l’ artiste, un engagement vivant et joyeux.
Le peintre jean Bazaine a écrit que » la peinture a besoin d’ « hommes qui se noient », c’est à dire qui se donnent totalement à leur art. Sculpteur sur métal, M.P.C.E.M. est de ces hommes, entier, sans demi-mesure. L’ art est pour lui une incarnation, sa raison d’être et de vivre, loin des modes, des mondanités et des coteries.
Ses outils ne sont pas des brosses ou des pinceaux inoffensifs, mais des pinces, des tenailles, des marteaux, des ciseaux. Et les bruits qui s’enfuient de l’ atelier dans le jardin silencieux sont ceux des meules, des scies, et des chalumeaux.
Pour lui, l’ art n’est pas de l’ordre de la déconstruction sans issue, du mol abandon à l’inspiration, ou du modelage narcissique, mais d’une lutte avec la matière, aussi rude et passionnée que le combat biblique de Jacob contre l’ange, dont se reconnaissent tant d’artistes.
« L’ acte de création, dit M.P.C.E.M. répond à la fois à une nécessité intérieure, une urgence à créer, un besoin vital. Dans son corps à corps avec la matière, l’ artiste extériorise des sensations et des idées ou des interrogations que les mots ne suffisent toujours pas à exprimer mais auxquelles il désire donner une matérialité, tout en préservant une certaine spontanéité. »
On ne peut mieux exprimer la dimension spirituelle de toute expérience artistique. Une oeuvre d’art est avant tout une oeuvre de l’esprit. L’ artiste qui peint, écrit, sculpte, ou joue de la musique, ne fait pas que livrer sa technique, son savoir-faire, son habileté, avec la matière, les mots, et les notes, mais donne chair au sensible qu’il fait apparaître. Une chair nourrie de son histoire, de son inconscient, comme de ses passions.
En précisant qu’il veut sculpter « des pensées non réfléchies » M.P.C.E.M. lève le voile sur la genèse d’une oeuvre d’ art.
Quand commence une sculpture, et quand est-elle finie ? M.P.C.E.M. montre sur de petits carnets, les premiers dessins qui viennent à son esprit. Un trait, puis un second, une courbe, un volume qui s’esquisse et en appelle d’autres.
Viendra le temps où M.P.C.E.M. oubliera ces premières esquisses. Il retrouvera comme à son insu au contact du métal en éprouvant sa résistance sa souplesse, des formes qui s’imposeront à lui. Seules la sensibilité et l’intelligence du sculpteur feront advenir l’oeuvre, comme une victoire sur le néant.
« Mon art est fait de suggestions, d’idées et de mystère », dit encore M.P.C.E.M. Des ingrédients qui font de chaque oeuvre, une fête.
Jean MARC
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Dans l’antre de Langor, la pensée ne commence pas par des concepts, mais par des sons. Il y a d’abord le hurlement strident de la meuleuse qui déchire l’air, ce cri du disque sur l’acier qui impose un silence forcé à l’esprit. Puis, le crépitement électrique du poste à souder, ce sifflement d’ozone où la lumière aveugle fusionne ce qui était séparé.
Chaque découpe de métal est une percussion, un choc sec qui résonne dans les membres du sculpteur. Ce n’est pas un travail de dentelle : c’est une lutte physique où le corps de l’artiste s’engage tout entier pour dompter la rigidité de l’acier.
Dans ce fracas, le cheminement intellectuel de Mpcem opère sur deux fréquences simultanées :
L’armature technique : C’est la pensée de l’immédiat. Le calcul des angles, la maîtrise de la température, la résistance de la soudure, la sécurité du geste. C’est une concentration froide, mathématique, indispensable pour que la structure tienne.
Le lâcher-prise métaphysique : Paradoxalement, c’est cette saturation technique qui permet le vide. Pendant que les mains gèrent l’acier, l’esprit s’évade. C’est ici que naissent les « pensées non-réfléchies ». Libéré par la répétition du geste et la violence du bruit, le mental lâche prise pour laisser place à l’intuition pure, à l’inflexion que la matière réclame.
Pour Mpcem, sculpter est un cheminement sans retour. Chaque trait de scie, chaque point de fusion est une décision irréversible. Cette avancée vers la forme finale est vécue comme une progression vers une fatalité.
« Sculpter, c’est accepter que chaque geste rapproche l’œuvre de sa fin, d’une conclusion qui est à la fois son accomplissement et sa mort en tant que projet. »
Cette finalité est « fatale » car elle ne peut être autrement. Une fois que le métal a refroidi, que le polissage a effacé les scories du combat, l’œuvre s’immobilise. Elle s’affranchit du créateur et du vacarme de sa naissance pour entrer dans son éternité de silence. L’artiste, quant à lui, se retrouve face au vide de l’atelier, dans l’attente du prochain fracas, de la prochaine lutte avec l’ange, pour redonner vie à la matière.
“Je suis à la recherche des profondeurs, et je pénètre les profondeurs du monde et ma propre psyché afin de me délivrer de la « surface » des choses et pénétrer dans la matière afin d’en dévoiler les structures ultimes et saisir le sens profond de mon univers plastique.” Mircea Eliade