« Souviens-toi du jour où tu crevas la toile et fus pris vivant, fixé sur place dans le vacarme de vacarmes des roues de roues tournant sans tourner, toi dedans, happé toujours par le même moment immobile, répété, répété, et le temps ne faisait qu’un tour, tout tournait en trois sens innombrables, le temps se bouclait à rebours, – et les yeux de chair ne voyaient qu’un rêve, il n’existait que le silence dévorant, les mots étaient des peaux séchées, et le bruit, le oui, le bruit, le non, le hurlement visible et noir de la machine te niait, – le cri silencieux « je suis » que l’os entend, dont la pierre meurt, dont croit mourir ce qui ne fut jamais, – et tu ne renaissais à chaque instant que pour être nié par le grand cercle sans bornes, tout pur, tout centre, pur sauf toi. Et souviens-toi des jours qui suivirent, quand tu marchais comme un cadavre ensorcelé, avec la certitude d’être mangé par l’infini, d’être annulé par le seul existant Absurde. Et surtout souviens-toi du jour où tu voulus tout jeter, n’importe comment, – mais un gardien veillait dans ta nuit, il veillait quand tu rêvais, il te fit toucher ta chair, il te fit souvenir des tiens, il te fit ramasser tes loques, – souvienstoi de ton gardien. (…) »
René Daumal, Le Contre-Ciel
« LE CONTRE-CIEL » : L’INSTANT IMMOBILE
Le sculpteur MPCEM cherche à donner corps à un ressenti intérieur par une abstraction phénoménologique radicale. Avec cette œuvre en bronze poli miroir, l’artiste matérialise l’expérience fulgurante décrite par René Daumal. La sculpture incarne ce moment où le sujet « crève la toile » du réel pour être happé par l’infini, un instant immobile où le temps se boucle à rebours. Le bronze, poli jusqu’à l’obtention d’un miroir parfait, devient le lieu de cet Absurde dévorant. Il n’est plus une surface, mais un abîme qui reflète le monde tout en l’annulant, transformant le spectateur en un « cadavre ensorcelé » confronté à sa propre négation par le grand cercle sans bornes.
La structure, complexe et tourbillonnante, figure ce « vacarme de vacarmes », cette machine invisible qui nie l’être tout en l’encerclant. Le polissage extrême du bronze capte chaque fragment de lumière et d’espace, créant une tension insoutenable entre la matérialité de l’œuvre et la sensation de néant qu’elle provoque. Il ne s’agit pas d’un objet d’art, mais d’un point de contact avec l’indicible, une architecture du cri silencieux « je suis » que l’os entend, là où seule subsiste la présence d’un Gardien invisible veillant dans la nuit du sens.
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CONCEPT PHILOSOPHIQUE : Phénoménologie de l’Absurde daumalien, ontologie du néant et esthétique de l’instant immobile.
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SIGNATURE : Pièce unique certifiée de 2026, marquée de son estampille séquentielle unique (série MP612) par le sculpteur MPCEM.