sculptures contemporaines

La sculpture abstraite contemporaine

Si l’on admet que la sculpture abstraite se prête moins que la peinture aux travaux d’analyse et aux vérifications d’hypothèse qui accompagnent la naissance de théories ou de systèmes nouveaux, on ne s’étonnera pas de trouver des peintres à l’origine de la plupart des  « ismes » nommant les tendances artistiques des cinquante dernières années
De plus en plus la sculpture contemporaine mérite une attention qui lui avait longtemps était mesurée, sinon refusée, au profit de la peinture abstraite, usée à priori plus capable d’assurer les mutations formelles et les bouleversements de concepts par lesquels se manifeste , périodiquement, la période dit de l’art moderne, pendant lequel la peinture contemporaine avait accompli les grandes révolutions successives qui animèrent si vivement cette époque en renouvelant les données de la création artistique :
L’impressionnisme, le fauvisme, l’expressionnisme, le cubisme…Les sculpteurs contemporains, pour leur part, s’étaient contentés d’adopter et d’adapter, avec un certain retard, celles des conquêtes ou des idées des peintres abstraits qui étaient conciliables avec la nature et les caractères intrinsèques de leur art. Sans doute parfois l’un ou l’autre sculpteur moderne avait – il de lui- même élargi un tant soi peu le domaine de la statuaire. Néanmoins, lorsqu’il s’agit d’illustrer les mouvement novateurs des XIXème et XXème siècles, ce sont exclusivement les peintres qui son t cités et dont les oeuvres sont reproduites, étant entendu que ces mouvements sont originairement et fondamentalement picturaux. Laurens et Lipchitz, par exemple, pourtant les plus célèbres et les plus favorisés, ne sont mentionnés qu’en marge du cubisme, et Archipenko reste un méconnu. Une exception est faite pour Boccioni en tant que théoricien et animateur du futurisme ; il est vrai qu’il était également peintre. De fait il faut attendre l’avènement de l’art abstrait pour que la participation à la sculpture y soit reconnue effective à égalité, presque, avec la peinture contemporaine et même dominante quand il s’agit du constructivisme russe avec les Tatlin, Lissitzky, Gabo, Pevsner et leurs camarades.

Renouveau de la sculpture contemporaine

Il est vrai que depuis qu’on voit moins de bonne peinture sur les murs, la sculpture n’est plus ce contre quoi on bute en regardant un tableau. On pourrait même opposer à la formule passablement perfide d’Ad Reinhardt que la peinture est ce qui se reconnait à ces choses que l’on érafle en longeant les murs pour contempler les sculptures. Il est fréquent que des peintres se mettent à la sculpture, le contraire n’arrive presque jamais. La ronde-bosse témoigne d’un plus fort dynamisme que l’oeuvre bidimensionnelle, et il ne serait pas étonnant de voir petit à petit la peinture se réduire, dans les derniers et meilleurs retranchements, à un art presque confidentiel, mieux fait pour orner les cimaises de quelques amateurs très éclairés ou très fortunés que pour trôner dans les galeries publiques ou commerciales.
Le regain d’intérêt un peu surprenant que connait aujourd’hui la sculpture est spectaculaire. Après avoir été longtemps laissée pour compte depuis la fin du XIXè siècle , réduite à servir d’ornements aux édifices urbains, la voici qui renoue avec les parcs et les jardins, les expositions collectives, les collections publiques. Peut-être a-t-elle récupéré ce que la peinture a perdu.
Devenu en un sens plus superficielle, la sculpture parait avoir pris toutes les apparences et peut-être toutes les vertus de l’oeuvre moderne, bien qu’elle ait abandonné les exigences fondamentalistes des années soixante et soixante dix. Le centre de gravité de l’oeuvre pratique s’est déplacé vers sa périphérie . A la matière sobre et archi-épurée du minimalisme et de l’art conceptuel se sont substitués des matériaux proliférant en abondance. La rigueur n’y est pas pour autant absente, seulement moins évidente , plus difficile d’accès sous une apparence quasi organique ou elle parait chercher un ordre qui ne peut être celui de la beauté classique. Apres les lignes claires d’un Carl André, qui aurait pu deviner que Franck Stella, qui fit également à l’origine de ces épures, ferait un our The Life bure, avec ses arborescences délirantes.
Bien que l’on ne puisse se rendre compte de l’histoire de la sculpture abstraite par le seul mouvement alternatif qui lie l’esprit au corps, il est tout aussi hasardeux de réduire la distinction entre sculpture et peinture à la formule que cette dernière est ce que l’on a devant les yeux et la sculpture derrière sinon dessous — si l’on croit avec Francis Ponge que les yeux avaient une sorte de périscope.
Aujourd’hui, l’abstraction s’étrangle, du moins en partie, parce qu »elle n’a pas réussi à trouver un substitut viable à la figuration humaine ; il est difficile pour l’abstraction d’être sexy, et si elle est sexy, alors ce n’est pas de l’art.