Portrait

Par Domitille d’Orgeval
L’art tel que le conçoit MPCEM, n’a pas de frontière, ni temporelle, ni spatiale, ni intellectuelle. Venu à la sculpture en autodidacte, les formes avec lesquelles il compose se sont imposées d’elles-mêmes, pour constituer un corpus dont il ne peut fixer les limites. Si l’artiste a opté pour le langage de l’abstraction, c’est justement parce qu’il n’entrave pas  son imaginaire mais aussi parce qu’il marque une distanciation avec le monde des apparences pour atteindre plus directement celui des idées et des émotions.
Àtravers son pseudonyme, Mouvement Pour Corps Et Mental, l’artiste témoigne du désir d’inscrire sa pratique dans une recherche globale où le corps et l’esprit constituent un tout indissociable. En effet, l’acte de création répond à la fois à une nécessité intérieure, une urgence à créer, comme l’atteste d’ailleurs l’étonnante prolixité de MPCEM. Ce besoin vital explique qu’il se soit orienté vers la sculpture dont la dimension physique lui offre un parfait exutoire. Dans son corps à corps avec la matière, l’artiste extériorise des sensations et des idées ou des interrogations que les mots ne suffisent pas toujours à exprimer mais auxquelles il désire donner une matérialité, tout en préservant une certaine spontanéité : MPCEM déclare, en effet, vouloir « sculpter des pensées non-réfléchies ». Cependant, le sens qu’il assigne à ses sculptures revêtant un caractère intime et jamais univoque, quiconque peut se les approprier et y projeter ce qu’il souhaite ou ressent. L’abstraction de MPCEM pourrait être qualifié de symboliste, au sens que lui donnait un de ses plus grands exégètes, Albert Aurier, qui estime que les symboles sont « les idées », et le symbolisme l’expression des idées par les formes. C’est donc à cette délicate conciliation de la forme et de l’idée que se livre MPCEM, sculpture après sculpture, sans pour autant chercher à atteindre une quelconque vérité. Les artistes, écrit-il, « s’adressent à l’esprit de l’homme, à son imagination ; mon art est fait de suggestion, d’idée, de mystère. »
MPCEM a trouvé dans le travail direct du métal le medium le plus adapté à la dimension expressive de son art car il autorise la spontanéité la plus franche. Alors que traditionnellement la pratique de la sculpture implique une approche par soustraction (de la matière), l’artiste fonctionne à l’inverse : il dit sculpter le vide, chercher à lui donner corps pour construire un volume virtuel, comme un bâtisseur. La densité des matériaux, leur poids, leurs propriétés physiques constituent les forces élémentaires à partir desquelles MPCEM oriente le façonnage de ses formes dans l’espace. À cela s’ajoute une exigence, celle d’éviter l’écueil du joli et du décoratif, et qui implique à un moment donné de créer une discordance, une singularité.
Les premières créations de MPCEM, apparues en 2008, sont des constructions métalliques intitulées « C. Red » et à travers lesquelles il appréhende l’espace comme un système de forces et de rapports. Leurs configurations géométriques déterminent des tempos singuliers, une ponctuation rythmique qui joue de toutes les combinaisons possibles. D’esprit ludique, les « Fragmentations » qui leur ont succédé, résultent de l’association de formes géométriques colorées et amovibles se présentant sous forme de structures planes ou tridimensionnelles. À la fin de l’année 2010, le travail de MPCEM marque un tournant avec l’utilisation de l’acier corten pour les série des « Kubernêtiké » et des « Encroisements », à travers lesquelles il met l’accent sur l’intensité des rapports de formes et le caractère expressif de ce matériau. Sa sculpture se densifie, gagne en monumentalité et détermine des structures dynamiques opposant découpes angulaires et arrondies, surfaces pleines et évidées. Récemment, MPCEM a commencé une nouvelle série intitulée « Intension & Extension » qui, appartenant au genre du relief, est traitée dans un matériau nouveau pour l’artiste, l’aluminium. Véritables écritures dans l’espace, ces dernières offrent le déroulement linéaire d’éléments géométriques dont la configuration peut-être sans cesse remaniée par le spectateur. Non dénuées de lyrisme, ces œuvres montrent combien la pratique de la sculpture répond chez l’artiste au besoin de s’exprimer, sans toutefois tomber dans le pathos.

 

 

Domitille d’Orgeval, Docteur en Histoire de l’Art Contemporain, critique d’art et commissaire d’exposition.